Une année en jupe

Ca fait plus d'un an maintenant que je la porte fièrement, ma jupe. Sans tirer dessus pour la rallonger en vain quand on me siffle com...

Ca fait plus d'un an maintenant que je la porte fièrement, ma jupe.
Sans tirer dessus pour la rallonger en vain quand on me siffle comme si j'étais un chien.
Sans rentrer les épaules et les mains au fond de mes poches quand on me souffle un dégoulinant "bonjour mademoiselle" on me doublant d'un peu trop près.
Sans changer de trottoir quand je passe devant un bar ou un groupe d'hommes.
Sans me dire qu'il faut vraiment que je rentre parce que je ne peux pas me promener "comme ça" seule dans la rue. 
Je la porte, ma jupe, et je t'emmerde. 
Et plus tu t'imagineras qu'elle n'est là que pour tes beaux yeux, plus je garderais la tête haute.


Tous les jours je la porte, parce que je l'aime. Parce que j'en ai envie. Et parce que ça dérange et que, justement, je veux que ça soit imprimé dans ta rétine, ce petit bout de tissu et mon absence de réaction quand tu m'insultes ou me complimentes alors que je ne t'ai rien demandé. Pour que toi aussi, tu finisses par être lassé, par être blasé, par t'habituer et par finalement l'oublier cette jupe. Que tu me vois comme n'importe quelle autre personne. Ou peut-être pour que tu ne me vois plus du tout.

La semaine dernière, c'est mon visage blindé, mes yeux visé droit devant qui ont déplu.
Il y a quelques mois, je rougissais encore, tête baissée. Il m'arrivait même de sourire, pas parce que j'étais flattée (ça n'a rien de flatteur et ça n'aura jamais rien de flatteur de recevoir un jugement de parfaits inconnus) mais parce que j'étais gênée, mal à l'aise, nerveuse, parce que j'avais peur, des fois. Mais là rien, pas un clignement de paupières, pas un tressaillement de la lèvre, rien. Alors il m'a suivi, sur plusieurs dizaines de mètres, pendant plusieurs minutes, il m'a raconté sa théorie selon laquelle je faisais ma sainte-nitouche, que j'allumais tout le quartier et, qu'une fois que j'avais bien mouillée, je rentrais chez moi pour me branler en pensant à tous les mecs qui bandaient pour moi.
Bon, en vrai, j'allais juste à Monoprix acheter du shampoing mais bon, j'ai pas jugé utile de lui préciser ce détail. Lui, il ressemblait à n'importe quel mec croisé dans la rue, jean baskets, l'air normal, et il avait les yeux mi-clos de plaisir en me parlant. Moi, j'avais envie de chialer et aussi envie de balancer mes poings dans un truc très dur, je me suis contentée de mordre l'intérieur de mes joues en continuant d'avancer.
Moi et ma jupe, on l'a recroisé le jour d'après, il m'a interpellé "hé salope". Puis le jour suivant. Puis encore,et pour cause, il traine entre mon appart et mon lieu de travail. Mais je n'ai pas l'intention de changer de chemin. Je n'ai pas l'intention d'abandonner ma jupe. Ce n'est pas elle, le problème; une fille, une femme n'a pas besoin de ça pour se faire emmerder.
Pourtant on continue de penser qu'il y a une "raison", une explication. Une provocation,, peut-être? On le pense quand on dit "non mais t'as vu comment elle était habillée? Et après elle s'étonne?", même mon fiancée le pense quand il me lance "tu vas pas sortir comme ça?" ("euh...est-ce que je te dis comment tu dois t'habiller, moi?"). Il se justifie: "moi, ça me dérange, c'est les autres hommes qui me dérangent, les hommes sont des chiens, c'est pour toi que je dis ça."
Je n'ai pas envie de penser que tous les hommes sont des connards, qu'ils sont "tous des chiens" qui ne pensent qu'à "ça". Mon père est un homme. Mes frères sont des hommes. Certains de mes amis sont des hommes. Je suis  amoureuse d'un homme.
J'ai juste envie que ces connards qui sifflent une femme pensent à leur mère qui est une femme. Peut-être même qu'ils ont une soeur qui est une femme. Soyons fou, une amie qui est une femme. Une petite amie qui est une femme. Une fille qui est une femme. Et que les femmes qui marchent dans la rue ne sont pas une espèce à part, là uniquement pour se pavaner et ouvertes à toutes propositions, tout commentaires, attendant une approbation. Les femmes qui marchent dans la rue sont la moitié de la population.

Alors oui, une jupe c'est pas grand chose, c'est vraiment rien quand on y pense, mais je me dis que le jour où on n'y fera plus attention à cette jupe, on ne fera plus attention à la fille qui la porte, et ce jour là on sera tous gagnant. En attendant, je continuerais de la porter.



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14 commentaires

  1. Super bien dit !! Quand j'habitais sur Paris, je n'osais pas mettre de jupes, peur de ces remarques stupides, peur de me faire agresser, peur des regards pervers... mais il est vrai que c'est bête de cesser de faire quelque chose que l'on aime à cause d'abrutis ...

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  2. Quel courage !

    Tu sais à quel point j'admire ta démarche ! Continue toujours le point levé ;-)

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  3. Ben moi ça me sidère qu'en 2014, dans un pays civilisé, dans un grande ville, une femme qui porte une jupe doive faire face quotidiennement à ce genre de réactions ! Il reste du chemin à faire... c'est juste dingue et triste...

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  4. TU AS BIEN RAISON!
    J'ai l'impression que cette initiative t'a donné de la force. Résistons ensemble pour qu'en effet un jour, les femmes ne soient plus considérées comme des êtres en jupes, mais bien comme des personnes à part entière, les personnes qu'elles sont tout simplement.

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  5. Je suis presque déçue que tu aies autant raison ...J'essaye de mettre régulièrement des jupes ou des robes, j'adore c'est ma façon à moi d'assumer ma féminité. Et puis je descends dans la rue et je sais que je vais me faire accoster 10 fois plus que si j'avais mis un jean. Entre ceux qui te sifflent (est-ce qu'ils imaginent qu'on va répondre en aboyant?!!) et ceux qui sortent la tête de la voiture pour mieux te regarder, je me demande comme je fais pour ne pas avoir la nausée. Alors moi, contrairement à toi, je finis par apprécier celui qui va dire : "vous êtes charmante" avec un petit sourire (encore faut-il qu'il n'y ait pas d'intonation perverse).
    Les femmes ont porté des jupes avant de porter des pantalons et ils ont du mal à s'en souvenir (ou peut etre l'ignorent-ils).
    C'est parfois difficile de ne pas avoir peur dans la rue ! Ton article est géniale, on devrait en parler plus, être sensibilisé à ce sujet.
    Un grand merci :)

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  6. Très bel article, puissant ! Tu as raison de porter ce que tu veux !

    Estelle
    lamodeestunjeu.fr

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  7. Tu fais bien de réagir ainsi, qu'est ce que ça peut m'agacer les reflexions, les sifflements etc. Je ne la porte pas quotidiennement mais certains matin l'envie me prend et j'en enfile une . Dehors je n'ai plus peur, je marche d'un pas assurer. Mais par contre a force, je prend une mauvaise habitude de vouloir frapper chaque homme qui me regarde avec ses yeux dégoûtant. Avant je baissais les yeux, maintenant je les regarde dans les yeux, leur montrant bien que je ne les crains pas et que ce ne sont que des animaux. Et s'il balance une insulte, je m'abstiens et je les regarde en sourirant du genre "cause toujours tu me fais rire" Les regarder de haut pour leur montrer que jamais il t'aurons sa les énerve beaucoup dans ma campagne ahaha Oh final il me font rire plus qu'autre chose maintenant ! :) En tous cas continue de porter tes jupes et de les assumer ;)

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  8. J'ai adoré ton article et je partage totalement ton point de vue !

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  9. Comme Fedora... je suis sidérée... mais bravo!

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  10. Aujourd'hui Gare du Nord un homme dont je n'ai même pas vu le visage ma susurré un horrible "alors petite pute, on a sorti le collant aujourd'hui ?". Je n'ai rien dit, j'ai avancé, mais j'avais envie de cogner très fort moi aussi.
    Merci pour cet article dans lequel je me retrouve si bien, c'est exactement ce dont j'avais besoin.

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  11. D'abord, cet article me rappelle pourquoi je suis partie de Paris ! Bon, je te rassure, le connard est une espèce en voie d'apparition et ici dans le sud, on lui donne le doux nom de "kéké", mais c'est le même, il est juste en moins grande concentration au m² ^_^
    Ensuite, j'ai un respect infini pour ta (non) réaction et ta dignité !!! parce que je l'ai vécu, dernier métro en gare de Montreuil à minuit, même en combi de ski ça marche, et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres... Je n'ai jamais réussi à rester digne et distante, moi et mon 1,84m (oui oui, je suis une fille), je passais systématiquement en mode BERSERK avec insultes et gestes adéquats bien sûr... Quitte à passer pour une psycho, aucun problème !!!
    En tout cas chapeau !!! Et bon courage pour la suite !!!!

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  12. Génial ce texte, rebelle comme j'aime.
    Un soir un type m'a suivie en braillant et m'insultant parce que je ne répondais pas, il a fini par se racler la gorge et me cracher dessus, dans le dos, c'est dingue. Je ne frappe plus les garçons depuis le lycée, alors on fait quoi dans ces cas-là ? On rentre chez soi, stoïque, retrouver la petite famille ; on nettoie la fringue, on désinfecte, on fait du yoga. Et on essaie de pardonner ... mouais.
    Pascale

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  13. Très intéressante cette photo... Tout d'abord j'adore ton look n°1 avec le t-shirt Garçon Manké !!! C'est fun, décalé et la coupe de cette jupe sublime tes jambes à souhait. Ensuite très sympa le tatoue sur l'avant bras et le bleu electric te va à merveille et surtout ton push-up laisse en admiration devant tant de générosité mais un conseil: fais bien tes lacets, ce serrait dommage de te vautrer dans la rue si joliment vêtu... Pour conclure la jupe te va bien mais surtout tu le lui rends bien alors vive tes gambettes sensuelles et vive la féminité dans toute sa splendeur :-)

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