21 janv. 2015

A quoi je pense quand je suis chez l'esthéticienne

Aller chez l'esthéticienne, je sais pas pour toi, mais pour moi, ça ressemble à un grand moment de solitude : allongée sur une table, à moitié à poil, dans des positions toujours très naturelles, à devoir répondre que "oui, oui, ça va" à une femme qui te demande pour la cinquantième fois si tu supportes bien la douleur alors que t'as juste envie d'appeler ta maman.
Je frise donc bien souvent la schizophrénie et ai de grandes discutions avec moi-même. Et ça commence TOUJOURS pareil, quand elle me dit :





« Et ben dis donc, il y a beaucoup de poils! »


-Bah c'est à dire que si j'en avais pas, je viendrais pas, même si t'es super sympa je le reconnais. Mais ton métier, c'est d'enlever des poils (entre autres) donc oui je viens quand j'ai des poils.


« Ah ah, c'est la forêt vierge !»


-Vas-y, fous-toi de ma gueule. Et ouvertement, en plus. De toute façon, tu sais que je peux rien faire d'autre que fermer ma gueule en souriant: j'ai trop besoin de toi !

-Bon, ben ça y est, j'ai de la cire bleue entre les deux sourcils...pourvus que l'alarme incendie ne se déclenche pas pile maintenant.


« Il commence à faire froid... »
-Pourquoi elle me parle... vas-y, je vais fermer les yeux et faire genre je dors. Oui, j'arrive à m'endormir malgré la douleur, j'ai des supers pouvoirs. Aie bordel, ça fait mal! Elle veut à tout prix avoir mon attention, la salope!


« Tout se passe bien ? »
-Pourquoi elle insiste pour savoir si ça va? Bien sûr que ça va pas mais qu'est-ce que tu veux que je dise "arrêtez tout, j'en peux plus, on finira ce mollet demain ou la semaine prochaine. Ou jamais!"


-Qu'est qui s'est passé ? Qu'est-ce qui a mal tourné dans ce monde pour que j'en sois là? A me faire arracher les poils par une fille que je connais même pas.


-Je suis sure que c'est une psychopathe, elle sourit, elle me parle de ses vacances, elle kiffe, elle prends son pied là! Il lui manque que des chocolats à grignoter pour que ça soit parfait!


-Quand elle commence à se pencher sur le maillot équipé de sa pince à épiler, j'ai toujours cette phobie: lâcher un pet. Bon, étant donné que je suis une fille hyper glamour, c'est un phénomène qui m'est étranger, je n'ai jamais, au grand jamais, pété de toute ma vie. Mais quand même, ça fait peur.


-Je suis sure qu'elle aussi, elle y pense: "pourvus qu'elle pète pas, pourvus qu'elle pète pas"


-Du coup, j'aurais presque envie qu'elle me raconte son dernier week-end pour détendre l'atmosphère. T'as fait quoi, madame?


-Ris. Ris à ses blagues, putain, elle a le moyen de ruiner ta vie sexuelle. Va pas la vexer, ne joue pas avec le feu, bordel.
Ah ah, oui tu es drôle, je t'aime, s'il te plaît ne me brûle pas le vagin au 3ème degré.


-Salope, salope, salope. Plus jamais, je reviens. PLUS JAMAIS.


-Faudrait que je l'invite à une soirée pyjama un jour, quand même, elle a ma reconnaissance éternelle. Toi qui m'a vue dans des positions non orthodoxes, sans mes fringues. Toi qui me rends quand même sacrément service, parce que je suis pas super souple, en fait.
Et en plus, t'as même pas ri. Merci.




20 janv. 2015

Je prends mon temps

Je prends mon temps.
Je prends mon temps pour vous souhaiter une bonne année. Mais il parait que j'ai jusqu'au 31 donc finalement, c'est pas si mal, je dirais même que je m'en sors bien. Alors bonne année à vous et bonne année à moi. Bonne année à ce que vous aimez et bonne année à ceux que j'aime.

Je prends mon temps. Je fais durer les vacances. D'ailleurs c'est un peu plus que des vacances, une parenthèse, une pause, trois petits points de suspension... des points tout petits comme des traces de pas de la neige, bien espacés, de grandes enjambées. Je prends mon temps, je prends de l'élan. Avant de sauter. Et je prends de la distance aussi, je regarde passer, je laisse couler, l'eau sous les ponts et les aiguilles sur le cadran de l'horloge. Je reprends ma respiration.
Les vitres sont couvertes de givres et de buée. Une épaisseur de plus entre le monde et moi.
Je prends du recul pour éviter le ridicule, les crises de larmes, la jalousie que rien ne justifie, les doutes, les angoisses, les lèvres tremblantes et les palpitations au milieu de la nuit. Je respire.

Ce n'est pas une liste de nouvelles et belles résolutions, c'est une douce transformation qui se profile depuis quelques temps. Je fais du sport, j'en ai besoin, presque tous les jours, j'écris moins ici mais plus ailleurs, je téléphone à ma famille.

J'ai envie de voir un film en entier sans jouer avec mon portable, j'ai envie de cuisiner sans une série en fond sonore, j'ai envie de courir sans écouteur et sans timer, j'ai envie de diner sans écran allumé, j'ai envie de lire sans regarder l'heure, j'ai envie d'écrire sans finir sur facebook.

Je ne veux plus ruminer mes mauvaises pensées, les mâchonner jusqu'à avoir la nausée et les laisser me bouffer. Des fois, il faut juste accepter, peut-être, au lieu de vouloir foncer, tête baissée pour défoncer des murs.
Je prends mon temps, je ralentis. Je caresse les murs du bout des doigts, je gratte la terre de mes pieds jusqu'à avoir la peau noire et je plante une belle mauvaise herbe, du genre qui grimpe dans tous les sens, un truc coriace qui résiste au vent. Une plante qui s'accroche, qui pousse tout doucement mais sûrement. Et qui recouvre tout. Comme un gros pansement.